L'écoute

 De l'écoute à la thérapie



La rareté de l'écoute.

Être communicant c'est être ouvert.
Ce n'est pas seulement échanger des paroles, ce qui n'est pas un gage d'être entendu. C'est entendre l'autre dans ce qui est important pour lui.  Or être vraiment écouté avec attention se produit rarement au cours de la vie… depuis la naissance jusqu'à la fin.
C'est pour ça que c'est déjà beaucoup quand il y a ne serait-ce qu'un peu de réception dans la communication ! Trop souvent la communication et, surtout la récèption se heurte à des phrases toutes faites mais coupant ou parasitant cette récèption de la parole donné par l'éméteur, aussi le message ne passe t-il pas.
Le récepteur peut prendre un rôle très actif en s'assurant qu'il comprend bien ce que l'émetteur dit, en lui montrant qu'il accepte ses sentiments et en l'aidant à clarifier son message.
Une écoute attentive suscite en nous des échos et réactions émotionnelles, bien naturelles, mais dont il peut être nécessaire de différer l’expression pour laisser l’autre aller au terme de son propos. C’est une question de discipline personnelle de la part de l’écoutant.

Exemple 1 : en entendant une personne exposer sa situation, vous faites lien avec une situation similaire que vous avez rencontrée, et vous la coupez pour le lui dire, et partager votre expérience avec elle.

Exemple 2 : ce que vous entendez vous donne une envie irrépressible de réagir, pour contester, recadrer, acquiescer, etc. Et cela alors même que vous sentez que la personne n’a pas encore vidé son sac, qu’elle a encore des choses importantes à dire. Mais c’est plus fort que vous.


L’écoute peut confronter à l’insupportable (pour vous).

Quand on écoute vraiment, il arrive que l’on entende des choses qui nous soient insupportables. Parce qu’elles mettent à mal l’image que nous avons de quelqu’un, qu’elles touchent à des zones sensibles ou à des événements qui nous ont traumatisés. Garder une certaine distance émotionnelle peut permettre de ne pas surréagir et de répondre sur le bon registre - si besoin pour marquer des limites.

Pas d’écoute active sans regard vivant. Le regard manifeste votre état d’esprit. L’interlocuteur y lira l’intérêt, la curiosité, la perplexité, l’expectative positive (cette attitude qui manifeste une attention bienveillante à l’autre, le fait que nous nous attendons de sa part à des messages importants, nouveaux). Le regard ouvre les canaux de la communication.

Entendre l’autre, le laisser aller au bout de sa pensée, fussions-nous en total désaccord avec ce qu’il (ou elle) raconte, est parfois nécessaire pour entendre des choses importantes.

Les deux principales procédures de l'écoute active sont la vérification et le reflet des sentiments.


La vérification du contenu.

C'est une procédure qui met l'accent sur la bonne compréhension du contenu du message de l'émetteur. Cela consiste à donner une confirmation au récepteur après l'avoir entendu. Celui-ci peut alors donner son point de vue uniquement quand l'émetteur considère que le récepteur a vraiment compris son message.

Il s'agit de répéter l'essentiel de ce que l'autre a dit jusqu'à ce qu'il y ait un accord sur l'exactitude de la confirmation.


L'acceptation des sentiments de l'autre.

Cela signifie montrer à l'autre que l'on a conscience de ses sentiments, mais en le faisant de façon telle qu'il ne regrette pas de les avoir montrés. Il n'est pas alors nécessaire de donner des conseils, de rassurer ou même de juger l'autre ou de dire que nous sommes d'accord avec le sentiment de l'autre. Ceci peut même souvent - pas toujours- être mauvais parce que ça peut donner à. l'autre l'impression d'être inférieur ou ridicule et l'amener à regretter d'avoir exprimé ses sentiments devant nous.

Enfance.


Un bébé, tombe et braille… il y a toujours quelqu'un d'attentionné pour lui dire ces paroles rassurantes "C'est rien, ne t'inquiète pas, ne pleure pas". Or s'il pleure, c'est que pour lui c'est quelque chose !
Ce qu'il sent est ici tout bonnement nié.


Adolescent.


Vient le temps des chagrins d'amour.
A ses larmes il (ou elle) s'entend dire "Mais ce n'est rien, tu en verras d'autres… un (ou une) de perdu(e), dix de retrouvé(e)s"


Adulte.


Le couple sera sans doute un lieu privilégié ?
Mais il (ou elle) s'entend dire "Pourquoi tu veux voir ce truc à la télé?" ou "Je ne comprend vraiment pas pourquoi tu tiens tant à voir tes parents!"  Ou dans un moment de vague à l'âme il (ou elle) s'entend dire "il ne faut pas t'en faire, tu dramatises trop, il ne faut pas te laisser aller ...etc."
Ce qui est curieux, c'est que plus on "connaît" l'autre, plus on a tendance à l'imaginer plutôt que de l'entendre quand il s'exprime... c'est un des principaux écueils... car il y plein de choses à entendre qui ne sont pas entendues.


Dans la Vie professionnelle.


Il paraît qu'on communique plus.
Il y a des entretiens, des réunions, des négociations... Mais quand il (ou elle) y donne son avis il (ou elle) s'entend objecter "Mais vous savez très bien que ce n'est pas possible".
En général on a alors exactement trois secondes pour prendre la parole et se justifier avant d'être coupé.


 l'âgege mûr.


La maturité peut faire espéré d'être enfin entendu ?
Mais là encore il (ou elle) s'entendra dire par les enfants et petits enfants "Tu peux pas comprendre… de ton temps… c'est dépassé!"

La Personne âgée. Parfois la maison de retraite peut s'avérer nécessaire. Là au moins l'entourage soignant sera aux petits soins.
Ça devrait être mieux sur le plan de la communication (malgré les nombreux inconvénients). Pas du tout ! Le jour où il (ou elle) dit "j'ai pas très faim" le soignant lui répond "mais il faut manger, ça vous fera du bien".
Quand il (ou elle) dit "Je me sens seul" on lui répond "Mais nous sommes là… et puis vous allez avoir de la visite!"




Communiquer c'est un peu donner la vie. Le tableau ci-dessus est bien sûr caricatural.
La communication c'est un emmetteur (celui qui parle) et un récèpteur (celui qui écoute), comme sur une radio.
Si le récèpteur n'est pas branché sur la bonne fréquence, il n'entendra pas ce que l'emmeteur veut lui transmettre ou n'en percevra pas l'essentiel ou la sensibilité qui demande à être transmise, le ressentis.
Être communicant, c'est un peu donner la vie, car l'autre cessant d'être nié commence à exister.
On peut faire cela même quand on n'a pas de solution à apporter (comme dans l'exemple ci-dessus). Communiquer c'est simplement valider ce que ressent l'autre tel qu'il le ressent.

Si le mot "thérapie" est de plus en plus connu et circule désormais dans le grand public, il n'en demeure pas moins que la multiplicité et la diversité de ces différentes thérapies restent encore très imprécises ou très vagues dans les esprits.
Par ailleurs, l'idée de  "guérison" en elle-même est spontanément associée, la plupart du temps, à la prise de médicaments.

    Certes, les médicaments sont utiles et constituent les instruments de traitement depuis toujours.

    Nous voudrions cependant montrer que la parole, elle aussi, même si la démonstration en est moins évidente, soigne, à condition d'être une parole pleine, une parole vraie, d'où l'émotion et l'affect, c'est-à-dire le corps, ne sont pas absents.

   Depuis cent ans environ, la psychanalyse et les thérapies qui en sont issues ne cessent d'explorer les possibilités d'évolution et de progression données par la parole.
Mais communiquer, c'est-à-dire parler un langage d'expression personnelle, ne va pas de soi. C'est ainsi que des techniques non verbales, développées ces dernières années, ont su supposer d'autres moyens pour exprimer les émotions, même si la mise en mots de ces affects reste nécessaire.
Ainsi, si la guérison peut venir de la parole dite, elle peut aussi passer par des techniques corporelles qui, elles, peuvent mener à la parole.


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