L'EMDR
L'EMDR (pour Eyes movement desensitization and reprocessing ou Désensibilisation et reprogrammation par les mouvements oculaires) est une technique thérapeutique courte qui emprunte à beaucoup d'autres psychothérapeutiques sans relever d'aucune en particulier.
Son principe fondamental : un mouvement alternatif des yeux, de gauche à droite, qui doit via un mécanisme mystérieux amener une rapide guérison.
Une jeune fille a été violée ? On lui fait remuer les yeux en tous sens, et son chagrin s’atténue. Le caractère incompréhensible du procédé laisse présager qu’il ne fut mis en route qu’après la vérification de son efficacité. Que nenni : les premières publications sur la question ne faisaient état que d’études de cas, et de considérations cliniques peu scientifiques. Rien n’était prouvé. Pourtant, des travaux bien plus sérieux ont finalement suivi, qui suggèrent que l’EMDR fonctionne vraiment !
On pourrait citer l'hypnose, mais toutes les psychothérapies en relèvent peu ou prou, y compris la psychanalyse (Être allongé et parler à quelqu'un qu'on ne voit pas inaugure généralement un état de transe), à la psychodynamique, aux thérapiescognitivo-comportementales, etc. Conçue pour traiter essentiellement les cas de stress post-traumatique par des stimulations sensorielles alternées, elle aborde aujourd'hui l'ensemble de la nosologie.
On ne demande pas aux patients dès leur entrée d’agiter les yeux. Non : les séances sont bien mieux organisées. On commence sagement par un entretien diagnostique ; on met le doigt sur le problème, on en parle. L’image traumatique est évoquée, ramenée à la surface. C’est seulement dans la phase finale que le patient est invité à se confronter mentalement à l’image traumatique tout en agitant les yeux.
Créé par l'américaine Francine Shapiro, son protocole est très strict et codifié. Il consiste à identifier l'image traumatisante, la croyance (cognition) négative associée et la positive à installer.
Il est aussi possible de travailler par des sons alternatifs sur chaque oreille ou par un « tapping » sur chaque main.
Elle se situe dans une optique courte, compter généralement dix heures au maximum pour guérir, apparemment définitivement, d'un traumatisme. Il semble que son efficacité soit due à des mécanismes psychoneurologiques, faisant intervenir aussi bien le cortex que le système limbique.
On ne pratique jamais d'EMDR dès la première séance. Quelques séances d'entretien traditionnel sont requises pour évaluer le contexte de la souffrance du consultant, son histoire, la nature de ses symptômes. C'est à partir de ces informations qu'est évaluée la pertinence d'utiliser ou non l'EMDR dont l'indication principale est le traitement de chocs émotionnels. Il peut s'agir de traumatismes graves mais également d'une succession de chocs moins importants qui deviennent pourtant invalidants du fait de leur accumulation.
De nombreux symptômes névrotiques, psychosomatiques ou d'addiction sont également la conséquence de chocs émotionnels.
L'annonce d'une maladie, certaines interventions chirurgicales peuvent créer, en elles-mêmes, des traumatismes psychiques qui réduiront, s'ils ne sont pas traités, les ressources de la personne dans son processus de guérison. Les personnes dont les symptômes sont franchement dissociatifs, les personnes souffrant de psychose seront orientées vers d'autres techniques.
Lieu sûr et signal d'arrêt.
Après avoir expliqué le protocole au consultant, la première étape consiste à installer un " lieu sûr ".
Il s'agit d'une technique d'imagerie guidée d'ancrage des perceptions sensorielles et internes associées au lieu où le consultant se sent le plus en sécurité. Ces sensations sont associées à un mot inducteur.
La procédure d'ancrage permet de tester les mouvements oculaires ou les tapotements alternés pour évaluer la technique d'attention conjointe privilégiée par le consultant et pour optimiser son confort.
Il lui est ensuite rappelé que pendant tout le déroulement de la séance, il conserve le contrôle puisqu'il peut par un signal d'arrêt interrompre à tout moment le protocole, le thérapeute le ramenant alors dans son lieu sûr. Ce signal d'arrêt n'est qu'exceptionnellement utilisé mais sa possibilité soulage le consultant qui a des raisons légitimes d'appréhender la sollicitation de souvenirs traumatiques.
La cible : passé, présent et futur.
L'étape suivante consiste en effet à se choisir une " cible ". Il s'agit le plus souvent d'une scène traumatique passée mais il est également possible de travailler sur une situation perturbante présente (crise d'angoisse ou phobique notamment).
Lorsque les scènes passées à l'origine du trouble ont été traitées, il est même possible de travailler sur des scènes situées dans le futur. Une femme violée peut par exemple avoir apaisé son rapport à l'événement traumatique, mais redouter de croiser la famille de son agresseur dans la rue, ce qui handicape et autolimite son quotidien. Une séance d'EMDR pourra ainsi s'effectuer sur une scène cible où elle s'imaginera rencontrer ces personnes.
La cible ayant été choisie, la technique consiste à la solliciter sur quatre registres différents : perceptif, cognitif, émotionnel, corporel.
Registre perceptif de la cible.
Pour le registre perceptif, il est demandé au consultant de prendre comme une photographie du pire moment de la cible et d'en décrire les perceptions encore prégnantes.
Il peut s'agir d'images mais également de sons, d'odeurs, de sensations tactiles ou gustatives.
Pour le registre émotionnel, on demande quelle est l'émotion rattachée à la scène et son intensité sur une échelle de perturbation de 0 à 10 où 0 est tout à fait serein et 10 l'intensité la plus épouvantable que l'on puisse imaginer. Si au départ, l'utilisation des échelles peut paraître un peu ridicule car scolairement connotée, elle s'avère avec l'expérience un outil très précieux pour mieux appréhender l'impact subjectif d'une cible. Ainsi de nombreux consultants vont annoncer d'une voix neutre qu'ils ressentent à une intensité de 10 une scène que le thérapeute aurait anticipée à 6-7. Cela change du tout au tout l'implication et le soutien du thérapeute dans la suite de la séance.
Pour le registre corporel de la cible, on demande au consultant où se situe son émotion. Il est très surprenant de constater l'immédiateté et la certitude des réponses à cette question " naïve ". Le corps fournit des indices de rappel mnésique cruciaux et c'est souvent la sollicitation de ce registre qui conduit les chaînes associatives vers la représentation douloureuse.
es psychothérapies reposent essentiellement sur des échanges de mots. Mais le plus souvent, les représentations psychiques à l'origine du trouble ne sont pas verbales. Leur retranscription en mots nécessite un travail d'intellectualisation qui, parce qu'il est contrôlé, fonctionne dans l'évitement du douloureux - processus on ne peut plus normal. La grande intelligence du protocole EMDR tient à ce qu'on sollicite le consultant sur des associations de représentations qui ne sont pas nécessairement verbales (Quelles émotions, quelles sensations viennent ? Où sont-elles localisées dans votre corps ?) et empêche les rationalisations contrôlées de se mettre en place par une activité conjointe avec le thérapeute (mouvements oculaires ou tapotements alternés) qui sature l'empan attentionnel. Cela rend les associations libres extraordinairement plus fluides que celles que l'on peut rencontrer dans une séance analytique ou d'inspiration analytique. Pour qui en a l'expérience, on a souvent le sentiment d'assister à une analyse accélérée.Le court-circuitage des processus d'évitement permet aux consultants d'aborder les éléments les plus douloureux de leur histoire, qu'ils évoquent souvent pour la première fois. Il ne s'agit pourtant pas de les replonger directement dans leur traumatisme, ce qui serait totalement inadéquat. Pour se prémunir de cela, on sollicite un état d'attention double qu'on illustre par la métaphore du paysage (la cible) qui défile lorsque l'on prend le train : laisser venir les associations en les laissant passer tout en restant présent avec le thérapeute. La proximité physique du thérapeute, requise pas les mouvements oculaires ou les tapotements, joue aussi un grand rôle de soutien lors de l'émergence des représentations ou des émotions les plus difficiles.
Au bout d'un moment, la chaîne associative ne donne plus rien ou alors survient une représentation franchement positive. Le consultant est alors invité à revenir à la cible. Une nouvelle chaîne associative s'ouvre, et ainsi de suite.
Lorsqu'il ne vient plus rien ou seulement du positif, le thérapeute demande au consultant d'évaluer sur l'échelle de perturbation de 0 à 10 la cible initiale. La nature de cette dernière a en général changé. Les ressources adéquates, fonctionnelles, adaptées du consultant se sont enfin connectées avec les restes jusque là non intégrés du traumatisme. L'objectif de la thérapie est que l'intensité soit à 0. Si elle reste élevée, l'hypothèse la plus plausible est que la scène initiale est alimentée par une autre scène, un autre contexte. Si l'intensité est faible, le thérapeute demande ce qu'il faudrait pour qu'elle soit à 0 et de nouvelles séries d'associations sont ouvertes jusqu'à ce que ce soit le cas.
L'utilisation d'une échelle est là encore d'une très grande aide pour évaluer l'évolution et les changements induits par la séance. Parfois, pour des raisons de temps (une séance d'EMDR dure généralement une heure et demie), la séance est interrompue.
Croyance positive : ancre et phare.
Lorsque l'intensité est à 0, le thérapeute demande au consultant si les mots choisis pour formuler sa croyance positive sont adéquats ou si d'autres seraient plus justes. Le consultant évalue sur une échelle de véracité la formulation finale de sa croyance positive. Elle est en fin de séance en général élevée. Si elle n'est pas à 7 (totalement vraie), des séries sont reprises pour explorer l'origine de l'inhibition puis pour ancrer profondément la croyance positive.
Fin de séance.
On termine la séance en demandant au consultant de fermer les yeux et d'effectuer un " scan corporel " pour percevoir s'il persiste des tensions ou des sensations résiduelles liées à la cible. S'il en existe, ce seront des indices précieux pour les séances ultérieures.
Il est précisé au consultant qu'il est normal que les processus sollicités pendant la séance conservent pendant quelques heures voire quelques jours une certaine inertie. Il est ainsi fréquent que des émotions, des représentations surgissent pendant la veille et le sommeil, poursuivant ainsi le travail d'intégration initié pendant la séance. Le consultant peut en tenir un journal dont le contenu sera utile pour les séances ultérieures. Si ce qui vient est trop pénible, le consultant sait qu'il peut joindre par téléphone le thérapeute qui est toujours disponible pour ces situations, rares.
Pourquoi ça marche ?
La description détaillée du processus ci-dessus permet de saisir pourquoi cette technique est efficace :
* Elle est une combinaison très astucieuse de ce qui fonctionne dans d'autres techniques.
* En court-circuitant l'évitement, elle permet d'affronter véritablement les traumatismes.
* Elle propose un protocole très structuré qui, de ce fait, est rassurant pour le consultant, tout autant que pour le thérapeute, ce qui potentialise le dispositif de confiance.
* Elle est mise en œuvre par des professionnels déjà formés à d'autres techniques et qui ont une expérience clinique de plus de trois ans.
* Elle s'interroge scientifiquement sur son modèle sans craindre la confrontation avec des études contrôlées.
Cette efficacité peut conduire à un nombre de séances restreint.
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