La communication intérieure

 

                    La communication intérieure

Le toucher

Le toucher a une grande importance car l’équilibre psychique dépend aussi de la place accordée à l’existence corporelle.
Le toucher participe à ce sentiment d’existence et de valeur du corps.

Les différents touchers reçus dans la vie d’un être humain seront le toucher maternel quand il est enfant, le toucher amoureux et sexuel quand il est en couple, les divers touchers amicaux (une main sur l’épaule, une poignée de main, une embrassade…) de la part de l’entourage,  puis enfin le toucher soignant quand il est malade.

Quand un être humain n’est plus enfant, quand il n’est pas (ou n'est  plus) en couple,  comment trouve-t-il encore existence au  travers d’une expérience tactile ?
Toutes les cultures n’abordent pas le toucher de la même façon.
Dans les habitudes sociales courantes, en occident, plus on va vers le sud plus le toucher fait partie de la vie, plus on va vers le nord moins il est fréquent (c'est une tendance dominante, mais on peut aussi trouver l'inverse).

Quand le toucher maternel n’est plus d’actualité , que le toucher amoureux n’est plus là non plus… il n’y a, le plus souvent, plus de toucher du tout… sauf quand la santé faiblit…  il reste celui du soin médical !

Il arrive que des personnes n’aient pas bénéficié de toucher maternel dans leur enfance (abandon, maltraitance)…
Il arrive aussi que des personnes aient été aussi privées de toucher amoureux dans leur vie adulte (solitude, timidité, disgrâces)...
si le toucher ne fait pas partie de leur culture sociale ou de leur culture personnelle… c’est un peut comme si leur corps n’existait pas… où n’existait plus.

Le toucher dans le soin médical a évidemment beaucoup d’importance, mais il est très différent d’un « toucher communication ».

Quand le toucher est médical, il n’est que technique (s’il est seulement médical). Il est évident que le soignant n’a pas à apporter un toucher érotisant (ce serait très déplacé et déontologiquement inacceptable), ni maternant (car le patient n’est plus un enfant et ce serait infantilisant), ni amical dans le sens où il risquerait d’être emprunt d’affectivité.
Néanmoins le toucher doit exister et être chaleureux.

Le canal tactile est un moyen de communication au même titre que le verbal sauf que les mots y sont remplacés pas le  toucher (tact).
Cela procède des mêmes règles que la communication verbale, telle que décris dans cet article.

 Il est remarquable de constater à quel point un individu garde un rapport conflictuel avec son corps. Par exemple il ne fait pas un régime pour lui donner ce qu’il y a de meilleur, ni par respect pour lui, mais plutôt pour lutter contre ses rondeurs qu’il n’aime pas (le « régime » se transforme alors souvent en auto dictature).
Réhabiliter la qualité du rapport que le patient entretien avec son corps fait partie de l’aide.

L’haptonomie est sans doute une approche du toucher qui va le plus dans ce sens de la communication. Le toucher y est considéré comme un « prolongement » permettant de percevoir l’autre et d‘être perçu par lui.

   
     Communication tactile

Il ne suffit pas de poser sa main ni de maîtriser une technique de soin par le toucher. Même des professionnels du soin par le toucher, comme des kinésithérapeutes ont beaucoup à découvrir dans le domaine de la communication par le canal tactile.

Le projet initial y est également important.
Il y est aussi important que dans le verbal :
Est-ce que je touche pour soulager ou parce que je veux bien entendre, rencontrer mon interlocuteur?
Est-ce dans le projet de permettre son expression ou dans celui de le faire taire (de le calmer) ?

Un même toucher peut être vécu de différentes façons, selon le projet et la pensée de celui qui le donne.
Si on compare le geste à un mot, il sera lui aussi accompagné de beaucoup de non verbal qui lui donnera son sens réel.
Si, en touchant, la pensée est « n’ayez pas mal je suis là », le geste ne produira pas la même chose que si la pensée est « je veux bien entendre que c’est exactement là que vous avez mal, et à quel point vous avez mal ».

Qu’il s’agisse d’un toucher pour un réconfort physique ou un réconfort moral, cette notion de pensée initiale reste un élément majeur pour la qualité de l’aide apportée.


La main se pose « comme une oreille de "l'âme"» dans le projet « d’entendre » le patient.
C’est un « toucher écoute », un « toucher rencontre », un « toucher validant », un toucher « reconnaissant ». Nous y trouverons potentiellement tous les points de validation énoncés plus haut.  Le projet est un projet d’écoute et de reconnaissance, en aucun cas ce n’est un projet de pouvoir (même pas un pouvoir « pour le bien du patient »).

Cette reconnaissance du corps et de ce qu’il exprime permet aussi (et cela est très important) au patient d’entendre son propre corps.
Cela lui permet de rétablir une communication avec son propre corps dont, du fait de la douleur, il a tendance à se couper.

   
     Rôle dans la douleur

La douleur, souvent, s’amplifie d’autant plus que le patient n’écoute pas son propre corps et qu’autour de lui on ne l’écoute pas non plus.
Un des grands progrès récents de la médecine est de mieux s’occuper de la douleur. Mais si les hôpitaux ont nommé ces équipes qui s’occupent de la douleur « équipes antidouleur » c’est que l’accent est encore plus mis sur la lutte que sur l’écoute.
Bien sûr,  les soignant de ces équipes écoutent quand même (ils ne pourraient faire autrement).

Des médecins de SMUR ont déjà dit que quand on demande à un patient de décrire sa douleur, souvent il a besoin de moins d’antalgiques.
C’est qu’en fait on a amené le patient à communiquer avec son corps. Ainsi son corps s’exprime moins violemment.

La réglette utilisée par les soignants pour inviter les patients à évaluer leur douleur, ne permet pas que d’évaluer la douleur.
Pour l’évaluer le patient doit écouter son corps.
La douleur qu’il « voit » alors n’est plus celle qu’il ressentait, mais celle qui reste quand il recommunique avec son corps… et c’est celle là qu’on soulage ensuite avec un remède adapté.

   
     Association verbale et tactile

Le verbe peut s’accompagner d’un toucher et inversement.
Quelque soit le canal, ce qui reste la clée, c’est le fameux projet initial énoncé au début de cet article.
Un toucher qui se pose avec l’idée de calmer est bien moins calmant qu’un toucher qui se pose pour « entendre ».
Le toucher pourra accompagner les mots tels qu’ils ont été décrits dans cet article.

   
     Un grand respect du patient

Il en va pour le toucher comme pour la parole. Le respect des seuils d’indiscrétion doit y exister avec autant de délicatesse.
Il y a des personnes qui préfèrent ne pas parler, il y a aussi des personnes qui ne souhaitent pas être touchées, ni toucher.
Il est impératif de profondément respecter les seuils que pose le patient.
Qu’il s’agisse de parole ou de toucher une " résistance"  est toujours l’expression de quelque chose d’important et ne doit jamais être considérée comme un blocage, ainsi que nous l’avons vu précédemment.

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Dernière mise à jour de cette page le 15/08/2008

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